Formation professionnelle et développement: un investissement qui ne doit pas être vain
Le rôle de la Francophonie dans l’éducation et la formation en faveur du développement des pays du Sud est crucial dans une optique de coopération internationale, mais "si derrière, on ne garantit pas des emplois cet investissement serait vain", souligne Roger Salamon, directeur honoraire de l’institut de santé publique, d’épidémiologie et de développement (ISPED), lors des 4èmes assises régionales de la coopération décentralisée et du développement solidaire qui se sont tenues les 15 et 16 octobre 2009 à Bordeaux. "Une grande partie des personnes que nous formons, faute d’opportunités locales, sont embauchées par des organisations internationales comme l’OMS. Est-ce pour cela que nous les formons ?", s’est interrogé le directeur de cet institut qui a formé en 5 ans plus de 2 500 personnels de la santé publique dans 60 pays dont la majorité en Afrique. "C’est là une des questions qu’il faut toujours se poser lorsque nous initions des programmes et des actions d’éducation et de formation professionnelle", insiste Sylvain Mutombo, président de l’Association des Congolais de Bordeaux, qui initie des actions d’entraide et de solidarité notamment dans le domaine de la formation..."L’éducation et la formation professionnelle sont bien des investissements porteurs d’avenir pour toute société. La francophonie nous offre de nouvelles perspectives d’intervention pour peu que nous l’approchions comme un réseau étroit de solidarités réciproques. Il nous faut investir massivement dans l’éducation, dans la formation à distance, dans la formation de formateurs pour maintenir des qualifications de qualité, offrant des débouchés dans l’espace francophone", considère Alain Rousset, président de la Région Aquitaine, lors de l’ouverture des assises. Le même enjeu se pose à tous les décideurs et à tous les niveaux: comment tracer un fil conducteur de l’école à l’entreprise ? Quelle formation pour quel métier ? Quelles ressources pour quels besoins ?
Une trentaine de projets
La Région Aquitaine, qui a financé en 2009 pour 360 000 euros une trentaine de projets notamment dans les domaines du développement rural, de l’éducation et de la santé, a déjà mis en place "un certain nombre d’actions qui vont dans ce sens au niveau local bien sûr et dans le cadre de notre politique à l’international". Alain Rousset fait état du soutien au CAMES "pour la préparation d’étudiants africains aux concours d’agrégation en sciences politiques, droit, économie, gestion", aux actions de formation des internes malgaches du CHU d’Antananarivo ou la mise en place de la faculté de médecine de Galati, en Roumanie.
Le président de la Région Aquitaine et président de l'Association des Régions de France (ARF) évoque également l’appui au programme d’enseignement à distance que développent conjointement les universités de Bordeaux (France) et Laval (Québec), la formation au français des agents du parc naturel de Hoang Lien au Vietnam sur un programme d’écotourisme développé par la Région avec le département de français langue étrangère (FLE) de Bordeaux-IV, ou encore le portail internet référençant l’offre d’enseignement du français à distance en partenariat avec l’université Laval, Thot Cursus, la FING (fondation internet nouvelle génération) et l’Institut français de Madrid, inauguré le 15 octobre 2009.
Définir une stratégie globale d'action
"L’idée aujourd’hui est d’aller plus loin et de définir une stratégie globale de notre action dans le cadre de la francophonie", estime Alain Rousset. Les assises de Bordeaux ont ainsi abordé l’enjeu de "l’éducation pour tous" dans les pays francophones, "en traitant de l’accès à l’éducation, des opportunités que représentent les TIC, et de la formation professionnelle en vue d’une insertion économique réussie". En effet, selon Alain Rousset, "l’enseignement à distance, l’irruption des nouvelles technologies dans les contenus pédagogiques ou la valorisation de la formation professionnelle restent largement à développer, au Nord comme au Sud d’ailleurs".
De plus, "la question des bibliothèques virtuelles, de la mise en ligne des cours, ou de l’orientation vers les nouveaux métiers dits 'verts' met tous simultanément face à une même réalité que nous pouvons choisir d’affronter ensemble". En la matière, "la mutualisation immédiate d’un certain nombre d’outils et de connaissances récentes peut permettre d’accélérer un certain nombre de programmes de coopération en mal de financement".
Pour le président de la région Aquitaine, comme pour la majorité des 300 participants européens et africains, l’ambition économique et sociale des partenaires de la coopération décentralisée et solidaire se joue maintenant par "les choix que nous faisons en matière d’éducation ou de formation mais aussi en termes de circulation des chercheurs et des étudiants". Il faudrait que "nous développions plus avant les mobilités Sud-Nord mais aussi de plus en plus Nord-Sud, en sortant du seul schéma humanitaire", a souhaité Alain Rousset, qui voit la francophonie comme "un formidable espace de mobilité et d’échanges" et "un projet plein de promesses et d’avenir pour peu qu’il soit partagé".
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