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Coopération décentralisée: le rôle des migrants questionné lors d'une rencontre du conseil général de l'Essonne

"Les associations de migrants et les collectivités gagneraient à monter des projets en commun dans le cadre d'actions de coopération décentralisée", estime Patrice Finel, conseiller général délégué au développement solidaire, à la coopération décentralisée et à la francophonie du conseil général de l'Essonne. S'exprimant lors d'une rencontre organisée par le département de l'Essonne, à Evry le 20 juin 2009, il a souligné l'intérêt de valoriser "les apports mutuels possibles", notamment en incitant les migrants à "contribuer plus globalement aux opérations d'aide au développement", dans une logique plus large que celle de leurs zones habituelles d'investissement. Il a également insisté sur l'intérêt pour les collectivités de s'appuyer sur les diasporas, considérées comme "des formes d'organisation de représentativité qui permettent de faire évoluer collectivement les choses".
 
La coopération décentralisée ne représente qu'une faible part, de l'ordre de 0,6%, de l'aide publique au développement de l'État, indique Antoine Joly, délégué pour l'action extérieure des collectivités locales au ministère des Affaires étrangères et européennes. Pourtant, "les enjeux sont importants", d'abord car "les français se disent très favorables à la solidarité internationale" et que "les élus portent aussi cette volonté de l'opinion publique". La coopération décentralisée renvoie également à "l'importance de la mondialisation" et au fait que "l'avenir des territoires se joue aussi à l'extérieur". Les acteurs de la coopération internationale s'intéressent d'ailleurs de plus en plus à cette forme de coopération, et dans cette logique, le ministère des Affaires étrangères vient de créer une direction générale de la mondialisation, du développement et des partenariats.
 
"Recherche d'une réciprocité"
 
"La France a un peu le défaut de passer à côté de la dynamique des sociétés civiles du Sud en restant sur des aspects plus institutionnels", poursuit Antoine Joly. Les pays du Sud se sont engagés dans un processus de décentralisation depuis plusieurs années, ce terme pouvant d'ailleurs renvoyer à l'idée "de s'appuyer sur des villages, des communautés et des traditions qui font que l'autorité locale prend d'autres formes que celles qu'on connait". Reste qu'il existe une "demande forte des États et des nouveaux élus du Sud pour partager avec leurs pairs". La "nouvelle approche du développement" doit se construire "en enracinant les politiques sectorielles sur les territoires", un élément particulièrement important pour le Sud.
 
"La première force de la coopération décentralisée est qu'elle est fondée sur l'échange, la recherche d'une réciprocité, estime Antoine Joly. C'est une coopération concrète, avec des circuits cours qui permettent de voir rapidement où va l'argent." La coopération décentralisée a aussi le mérite de s'inscrire dans la durée, de se situer dans une approche multi-acteurs, de conjuguer les logiques technique et politique.
 
Rationaliser les actions de coopération
 
"Nous avons en réalité des petits budgets, mais qui ont une grande importance car ils changent le regard de dominant à dominé", fait valoir Gilbert Roger, premier vice-président du conseil général de Seine-Saint-Denis. "Ne prenons pas l'Afrique, l'Asie ou l'Amérique latine comme des territoires sur lesquels on va essayer des choses qu'on ne sait pas bien faire pour nous-mêmes. Regardons bien si les actions sont utiles aux deux territoires", au Sud comme au Nord.
 
Dans une telle problématique, la contribution des migrants peut sembler intéressante, car ils "évaluent depuis longtemps les besoins" au Sud, "se sont saisi des questions de développement et ont financé bon nombre de projets", considère Marie-Noëlle Rosenweg, déléguée générale de la fondation Adoma (ex Sonacotra).
 
Environ 200 partenariats existent aujourd'hui avec la France dans les domaines de l'éducation, de la formation, de la santé, de l'agriculture, de la culture, etc., avec des objectifs de lutte contre la pauvreté, se félicite Beyon Luc Adolph Tiao, ambassadeur du Burkina Faso à Paris. Le processus de décentralisation et de communalisation du territoire est en cours au Burkina, pays qui compte désormais plus de 150 communes avec des régions en constitution. "Une réflexion est menée pour adapter la coopération décentralisée avec les évolutions en cours, pour prendre en compte la dimension régionale perçue comme espace de planification pour les politiques de développement". L'idée est aussi d'éviter de construire des écoles sans maîtres ou des hôpitaux sans médecins, souligne l'ambassadeur: "nous essayons de mettre fin à cela et d'opter pour une rationalisation des actions".
 
 
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