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Institut Panos

"Pour arriver à une gestion concertée des flux migratoires, il faut établir des accords avec les pays d’origine des immigrés" (Giuseppe Calvetta, ambassadeur d’Italie au Sénégal)

 

Dakar, correspondance
 
A l'heure où l'Italie vient de durcir sa législation pour lutter contre l'immigration illégale, une initiative encourageant au Sénégal les investissements économiques des Sénégalais vivant en Italie vient d'être lancée (Co-Developpement.org du 21/05/09). Rencontré à l'occasion du lancement de la Plateforme d’appui au secteur privé et à la valorisation de la diaspora sénégalaise en Italie (Plasepri), Giuseppe Calvetta, ambassadeur d’Italie au Sénégal, répond aux questions de Co-Developpement.org. Il apporte des éclaircissements sur la nature de ce nouveau projet de coopération internationale et donne son point de vue sur la loi contre l’immigration clandestine votée récemment au Parlement italien.
 
 
Quels sont les avantages de la Plasepri ?
 
Le but est déjà d'en terminer avec l’aide classique qui n’a pas résolu le problème de l’Afrique. Pour preuve, même après 50 ans cette méthode n’a améliorée en rien la situation de l’Afrique par rapport à l’Europe. Nous avons donc pensé à mettre en place une autre méthode, basée sur la création des petites et moyennes entreprises, pour travailler ensemble dans des secteurs d’intérêts communs et surtout afin de créer des choses qui durent dans le temps. Certains programmes d’aide ont pris fin au bout de deux ou trois ans, ce qui signifie qu'ils n'ont eu aucun impact durable sur le développement. Pour le bien-être des Sénégalais, il faut donc instaurer des projets qui durent dans le temps, c'est-à-dire créer des entreprises très ciblées pouvant valoriser les capacités des Sénégalais.
 
 
Lesquelles par exemple ?
 
Cela dépend des Sénégalais. S’ils veulent faire dans l’agriculture, on les aidera dans l’agriculture, si c’est dans le vestimentaire on y investira également. Tout dépend de la capacité de chaque Sénégalais qui entend élaborer un projet.
 
 
Comment assurez-vous le suivi des circuits d’investissement ?
 
Alors là, c’est très compliqué ! L’Italie fera tout le nécessaire via l’ambassade pour assurer la transparence. Il y’a déjà quatre ministères sénégalais qui entrent en jeu, sans compter les banques et l’ambassade d’Italie qui, par le biais de la coopération au développement, se charge de la gestion du programme. Il y a des procédures à suivre, mais j’espère que le ministère des Sénégalais de l’extérieur va faciliter tout cela en garantissant que les partenaires font des choses sérieuses.
 
 
Avez-vous d’autres projets en cours ?
 
Ces 24 millions d'euros ne sont qu’une entrée en matière. Nous sommes en train d’essayer de trouver des financements dans les collectivités locales italiennes, les régions, les communes, les provinces pour des actions de coopération décentralisée. A partir de là, nous pouvons récolter des millions et des millions d’euros afin d'assurer la continuité de notre coopération avec le Sénégal. On peut aussi associer le secteur privé, comme c’est le cas pour un projet visant à transformer la plante jatropha en énergies renouvelables. Avec ce projet, qui doit s’étendre sur 50 000 hectares de surface cultivable, nous comptons déjà assurer 20 000 emplois aux jeunes de la région de Tambacounda [située à l’Est du Sénégal]. Cela représente une véritable révolution sociale car, pour la première fois, un nombre important de jeunes vont être employés dans une industrie moderne pour remédier un peu aux problèmes de l’agriculture traditionnelle.
 
 
Que pensez-vous de la loi contre l’immigration clandestine, qui a été votée le 14 mai dernier par le Parlement italien ?
 
Dans les années passées, l’Italie a beaucoup favorisée l’arrivée d’immigrés clandestins. Le moment est peut être venu de mettre un peu d’ordre dans la situation, sans pour autant négliger la dignité humaine. Pour arriver à une gestion concertée des flux migratoires, il faut établir des accords avec les pays d’origine des immigrés. Par exemple, j’ai déjà proposé au Sénégal de faire rencontrer les autorités compétentes italiennes et sénégalaises afin de parvenir à gérer le flux migratoire. Ce qu’il faut comprendre, c’est que l’Italie n’a pas les moyens d’accueillir toutes les personnes arrivant d’Afrique.
 
 
Selon vous cette loi est sévère ou pas ?
 
Ça dépend. Si elle est sévère, c’est bien sûr vis-à-vis des immigrés qui sont en situation irrégulière et des personnes qui vont à l’encontre de la loi. L’Italie a eu beaucoup de problèmes d’ordre public avec bon nombre de ressortissants africains, mais ce n’est pas le cas avec les Sénégalais. Je peux vous assurer que les Sénégalais sont bien accueillis, même les clandestins. D’ailleurs, sur les 300 000 Sénégalais résidant en Italie, seule une centaine sont détenus en prison et souvent pour des petites histoires de trafics saisonniers. De toute évidence, le moment est venu de mettre en règle tous ces Sénégalais qui travaillent en Italie depuis des années afin qu’ils puissent bénéficier du droit à l’assistance sanitaire et à la pension de retraite. Cette loi ne vise pas seulement l’intérêt de l’Italie, mais aussi celui de tous les résidents.
 
 
Vu que les Sénégalais d’Italie sont en majorité des clandestins, est-ce que tous ces financements en direction du Sénégal ne visent pas à préparer le retour des immigrés ?
 
Pas du tout. J’ai annoncé le programme Plasepri depuis l’année 2007, c'est-à-dire bien avant que cette loi ne soit évoquée et validée par le Parlement en Italie. Au-delà de la politique des lois, les peuples italiens et sénégalais entretiennent des rapports humains très intimes. On dit d’ailleurs que les Sénégalais sont les Italiens d’Afrique et que les Italiens sont les Sénégalais d’Europe…
 
 
Où en est l’Etat de la relation entre l’Italie et le Sénégal ?
 
La relation est actuellement excellente. Vu que l’Italie tient la présidence du sommet du G8 cette année, le ministre italien des Affaires étrangères a saisi l’occasion de sa visite au Sénégal en février dernier pour adresser une invitation au Président sénégalais et à son ministre des Affaires étrangères. C’est vous dire que l’Italie considère le Sénégal comme un pays modèle en Afrique.
 
 
Propos recueillis par Dissirama Kaliwa (dissirama.kaliwa@co-developpement.org)

 

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