"Nous avons vu plein de programmes qui n’ont pas eu de suite" (Mor Diagne Mbengue, Société agroalimentaire du Sénégal)
Pouvez-vous nous présenter la société Sagal ?
C’est une structure financée à 100% par des Sénégalais vivant à l'étranger, et notamment en Italie. Nous sommes au total 72 personnes à avoir investi dans ce projet. De nous tous, je suis le seul à être de retour au bercail parce que nous avions confié la gestion de notre société à un cabinet qui n’assurait pas comme on le souhaitait. Nous avons déjà investi 8 millions de francs CFA sur fonds propres pour cette réalisation. Notre objectif est de mettre sur pied une société agro-alimentaire dans la zone industrielle de Mbao [localité située à environ 20km de Dakar]. Nous sommes à 70% de la réalisation du projet, car tout le matériel pour la laiterie est en place.
Pensez-vous que votre association réponde aux critères nécessaires pour bénéficier de l'initiative Plasepri ?
Nous attendons que l’on nous décrive la présentation technique des entreprises ou projets susceptibles de bénéficier au financement, après quoi nous saurons quel type de projet soumettre à la Plasepri.
Pourquoi avez-vous choisi d’investir dans l’agroalimentaire ?
L’association des Sénégalais résidant en Italie avait organisé des assises pour discuter de l’impact de nos investissements dans le développement socio-économique du Sénégal. A la suite de cela, nous nous sommes rendus compte que l’Etat avait longtemps investi dans des domaines qui, au final, ne rentabilisaient que peu ou pas du tout. Le forum a donc permis aux immigrés que nous sommes d’identifier des secteurs porteurs, parmi lesquels la filière laitière car il faut rappeler que le Sénégal importe encore les deux-tiers de sa consommation laitière. En investissant dans ce domaine, nous comptons participer au développement de la filière et donc contribuer à combler le déficit de la balance commerciale.
Les pouvoirs publics vous appuient pour ce projet ?
Pour le moment, les pouvoirs publics restent absents. Il faudra peut être revoir les concepts parce que, en fin de compte, l’immigré ne sait pas à qui s’adresser. Les gens ont bien souvent envie de revenir, mais il n'existe pas de politique, de réceptacle, ni de centre d’appui, mis à part l’Apix (Agence pour la promotion de l’investissement et des grands travaux) qui vous créé une société en 72 heures mais ne propose qu'un accompagnement statique. Or, l’immigré n’a pas seulement besoin de créer une entreprise, il attend aussi tout un ensemble d'actions qui passent par une planification, un soutien, voire une formation.
Pensez-vous que des accords de coopération comme celui de la Plasepri ont un avenir ?
Si les approches changent comme les différentes parties signataires de la Plasepri l’ont signalé tout à l’heure, alors là oui peut être. Nous avons vu plein de programmes qui n’ont pas eu de suite. J’ai lu un rapport du comité économique de l’Union européenne qui signalait l’existence d’un flou total dans la gestion des financements devant accompagner les projets de lutte contre l’immigration au Sénégal. Il faudra donc redéfinir un concept et apprendre des erreurs du passé.
Propos recueillis par Dissirama Kaliwa (dissirama.kaliwa@co-developpement.org)
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