Les diasporas doivent repenser les approches du développement, selon Aminata Traoré
"L'Afrique souffre d'une forme de crise de la pensée critique sur les questions de développement" qui l'empêche de repenser les conditions de la coopération internationale et la place des pays africains dans la mondialisation. C'est la position soutenue par Aminata Traoré, ancienne ministre de la Culture du Mali et auteur du livre "L'Afrique humiliée", lors d'une conférence-débat organisée samedi 28 février 2009 à Paris par l'ONG Forum Diaspora sur la diaspora africaine comme "acteur stratégique pour le développement de l'Afrique". Elle met en avant l'idée que les diasporas ont un rôle important à jouer dans la mobilisation des consciences en Afrique, pour imaginer un modèle de développement autre que le libéralisme économique."Il y a une impérieuse nécessité de rééduquer les regards, et d'abord sur nous-mêmes", plaide Aminata Traoré. "Si nous n'avons pas les moyens de nous exprimer, la diaspora a la responsabilité de remettre à plat" le modèle actuel de mondialisation, "de questionner la coopération internationale et bilatérale". Aussi, "est-ce qu'une diaspora peut fermer les yeux sur le sort des africains restés sur le continent ? Si ce fameux développement avait un peu porté ses fruits, la grande majorité des migrants n'aurait pas même tenté le départ", poursuit l'ancienne ministre.
Adopter une vision économique commune au sein des diasporas
L'objectif de développement s'est pour l'instant traduit par une mise sous dépendance des pays d'Afrique vis-à-vis des bailleurs internationaux, fait valoir Aminata Traoré. "C'est l'occidentalisation du monde qui nous a été vendue avec le développement, et 50 ans après les pays du Nord sont toujorus plus développés alors que l'Afrique se trouve dans l'impasse." La diaspora joue un rôle important aujourd'hui puisque sans l'argent qu'elle envoie, "l'Afrique serait dans un état encore plus piteux". Reste à savoir ce qu'il faut faire avec. "Le co-développement suppose de regarder dans la même direction", d'adopter une vision commune pour "la relance de nos économies".
Selon Aminata Traoré, il faut procéder à un changement de paradigme qui "passe d'abord par la production des produits en Afrique, la recomposition économique des pays". Ainsi, la crise financière actuelle pourrait bien représenter "une opportunité car cela montre que le modèle vendu jusqu'à présent aux pays du Sud n'est pas infaillible".Le changement peut se révéler important, souligne Aminata Traoré. "On ne peut pas faire fi de la tutelle du FMI et de la Banque mondiale, et l'Afrique a essayé de faire valoir une vision pour devenir aussi un pôle de développement" dans les années 70 mais les années 80 ont été celles de la déception. "On nous a dit que ce n'était pas réaliste, qu'il fallait passer aux programmes d'ajustement structurel. Aujourd'hui, le remboursement de la dette ne permet pas aux Etats de faire autre chose que de s'aligner et il est maintenant devenu plus important pour les élites africaines de plaire à la Banque mondiale et à l'Union européenne que de penser le développement".
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