“Le lien entre migration et développement est récurrent”, estime Stéphane de Tapia, directeur de recherche au CNRS: relativement ancienne, cette idée reviendrait selon un cycle régulier (tous les quinze ou vingt ans) sous des appellations différentes (sociétés populaires ou ouvrières dans les années 70, co-développement aujourd’hui, etc.) car “on a oublié un certain nombre d’expériences mises en place”. Les productions littéraires scientifiques (études, thèses…) sur les questions de migrations mettant en avant les expériences réussies ou non dans les pays européens sont abondantes et diverses. La rencontre européenne organisée par l’Institut Panos Paris autour du projet IDEM ! (Informer sur le développement et les migrations), au Conseil de l’Europe à Strasbourg (
Co-Developpement.Org du 24 novembre 08), a permis de montrer à travers des exemples nationaux quels sont les manques de la production scientifique sur les rapports entre migrations et développement.
Stéphane de Tapia parle “d’amnésie collective” concernant les recherches sur l’immigration et ses retombées, ou encore sur les transferts de fonds, car on redécouvre des aspects ou des difficultés mises en lumière déjà des années auparavant. “Il est désespérant de rependre aujourd’hui dans certains pays, des réflexions et des expériences évoquées des années déjà dans nombres d’études”, déplore Stéphane de Tapia. Il souhaite que les actions de co-développement soient inscrite sur le long ou moyen terme. Le développement doit être conçu dans une optique durable “afin que les actions initiées ici et là ne soient pas contre-productives”.
Italie. “L’Italie ne connaît un niveau élevé de migrations, surtout d’origine africaine, que depuis quelques années, souligne Jonathan Ferramola, chargé de mission à l’association
COSPE. Sur les 55 millions d’habitants, 4 millions sont issus de l’immigration et génèrent 9% de l’économie nationale”. S’il reste encore beaucoup d’efforts à faire, les mentalités ont beaucoup changé en Italie. “Les politiques et les médias semblent avoir compris l’enjeu que représentent les migrants dans le développement économique et social du pays”. En effet, les analyses et études des productions réalisées par le COPSE révèlent que 965 titres traitent notamment des questions d’intégration: 72% sont des ouvrages et des recherches scientifiques, 20% des articles de presse et magazines, 8% des comptes rendus de conférences, rencontres et séminaires.
Pour Jonathan Ferramola, une grande part des productions (31%) traite de l’intégration et de la clandestinité, 25% des opportunités d’emploi, du transfert d’argent et de l’entreprenariat, 16% du racisme et de la discrimination, et 15% de migration et développement. L’analyse des productions montre l’omniprésence du thème de l’immigration en Italie: 23% des sujets lui ont été consacrés. Les chercheurs et les universitaires travaillent le plus sur cette thématique, ainsi que les acteurs d’institutions locales et d’observatoires et des associations et ONG.
Quelques 85 titres ont été consacrés aux travaux sur l’immigration dans les médias: 35 articles de presse, 28 émissions de radio et de télévision et 22 articles sur les weblog et magazines en ligne. “Il s’agit de véritables travaux de recherche: 45% des sujets concernent l’intégration, 22% le racisme, la discrimination et 10% le co-développement. La question de l’immigration est traitée non pas comme une thématique structurelle, mais comme une urgence à suivre les ordres du jour des politiques, par exemple le remue-ménage autour l’arrivée massive de migrants”, précise Jonathan Ferramola. Selon lui, “les médias préfèrent traiter d’histoires individuelle des migrants, sans jamais parler des structures qui les portent et les accompagnent. Les ONG devraient soutenir les associations de migrants oeuvrant dans le domaine du co-développement”.
Portugal. Selon les études réalisées entre novembre 2007 et juin 2008 par l’ONG
CIDAC au Portugal, 148 titres ont traité de sujets liés aux migrants et leurs actions: migration et développement (29%), implication des migrants dans le dynamisme économique (25%), politique législation (17%), association des migrants (7,5%). La plupart de ces titres sont des relais des recherches scientifiques ou appartiennent à des milieux scientifiques, ainsi que des travaux de la société civile et d’organismes publics. “Il est difficile de faire une étude approfondie sur le traitement que font les médias de l’implication des migrants au Portugal et dans leurs pays d’origine”, indique Joana Barros, chargée de mission au CIDAC. Elle explique cette difficulté par “l’absence de connaissance et de données de la part des journalistes sur ces thématiques, ainsi que la quasi impossibilité de trouver actuellement des journalistes travaillant sur la question de migrations et développement”. Pour résoudre cette pénurie de productions médiatiques sur la question, la chargée de mission recommande une collaboration plus étroite entre les journalistes et les chercheurs.
Royaume-Uni. “Les questions de relation entre migrations et développement sont très insuffisamment traitées dans les médias au Royaume uni. Pire, globalement les médias ont un traitement négatif sur les migrants au sein de notre société. Ils sont toujours perçus comme des ‘charges sociales’, profitant de la protection sociale publique, des opportunités d’emploi, sans s’impliquer pleinement au développement de leur communauté d’accueil”, explique Sharif Shahid Latif, directeur de l’ONG
Connection for development (CFD). Les études réalisées par le CFD montrent que, dans leurs travaux, les chercheurs et les scientifiques sur les migrations et le développement véhiculent une image positive et pointent les actions réussies des migrants au Royaume uni et dans leurs pays d’origine sur le plan micro et macro économique. Pour Sharif Shahid Latif, il est clair que les scientifiques ont une longueur d’avance sur les médias en ce qui concerne le traitement des questions liées aux migrants.
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