"Le co-développement est une forme de coopération décentralisée", selon Mamadou Diop, consul général du Sénégal au Togo
Lomé, envoyée spéciale
Les migrations subsahariennes sont majoritairement intracontinentales, montrent les rapports internationaux sur la question. La mobilité entre les pays d'Afrique peut ainsi être l'occasion de mettre en place des actions de co-développement pour inciter les migrants à contribuer au développement de leur pays d'origine. Interrogé par Co-Developpement.Org, Mamadou Diop, consul général du Sénégal au Togo, fait le point sur la situation des ressortissants Sénégalais présents dans ce pays et évoque plusieurs projets en cours, dont une liaison Sénégal-Bénin par bus...
Quelle politique adoptez-vous pour faciliter l'intégration de vos compatriotes dans leur pays d'accueil ?
Les chefs d'États et de gouvernement de le CEDEAO et de l'espace UEMOA nous ont beaucoup facilité la tâche car ce sont eux qui, en créant ces deux espaces sous-régionaux, ont déblayé le terrain en faisant adopter des textes et des traités qui facilitent l'intégration des ressortissants des pays membres de ces espaces. En tant que consul, je ne fais qu'apprécier cette tâche immense qui n'existe pas forcement dans d'autres regroupements régionaux. L'intégration a été facilitée dans la mesure où les accords multilatéraux dans ces deux espaces prévoient justement cette intégration, ces échanges, cette liberté de circulation des hommes et des marchandises. Pour les Sénégalais vivant au Togo, la liberté de circulation est totale. Ils n'ont pas besoin de carte de séjour pour se déplacer dans le pays, leur passeport ou leur carte d'identité nationale sénégalaise suffit largement.
Avez-vous le soutien de votre ministère chargé des Sénégalais de l'extérieur ?
Nous dépendons entièrement du ministère des Affaires étrangères. En tant que structure du gouvernement, nous avons des rapports privilégiés avec le ministère des Sénégalais de l'extérieur qui nous envoie d'ailleurs des directives de temps en temps. C'est le cas du dossier posé actuellement sur mon bureau et qui concerne le Fond de solidarité national, qui est une politique salutaire pour soutenir les personnes défavorisées vivant au Sénégal. Les commerçants sénégalais de l'extérieur sont mis à contribution.
Comment vous organisez-vous pour que les Sénégalais vivant au Togo participent au développement de l'économie du Sénégal ?
Même s'ils sont au Togo, nous leur rappelons que le Sénégal est leur patrie et que chacun doit, s'il le peut, participer au développement du pays. Les Sénégalais sont très sensibles à cette question. Ils s'organisent en associations ou même en groupements selon leurs villages d'origine au Sénégal, et la plupart du temps ils tentent de créer des projets pour participer au co-développement. Ils cotisent parfois pour acheter des fermes au Sénégal ou pour créer des ateliers. Il y a même l'idée de créer une société de transport international pour relier le Bénin au Sénégal par bus, en passant par le Togo, le Burkina et le Mali. Ce serait une société internationale de "Dakar Dem Dikk" [société privée de transports urbains de Dakar] qui prendrait le nom de "Cotonou-Dakar Dem Dikk" et qui contribuera au désenclavement. C'est un projet viable qui reste encore à être ficelé. Nous accompagnons d'ailleurs les parties prenantes du projet pour leurs apporter des conseils et saisir éventuellement les autorités le moment venu.
A combien est estimé le nombre de Sénégalais vivant au Togo, et quel est leur profil type ?
La communauté sénégalaise du Togo est une petite communauté d'environ 400 à 450 personnes. Les hommes sont plus nombreux que les femmes. Ceux qui sont mariés sont des sédentaires, mais la majeure partie est composée soit de célibataires, soit de gens qui attendent d'être rejoints par leurs conjoints. La majorité des Sénégalais qui vivent au Togo sont des jeunes d'une trentaine d'années.
Dans quels secteurs évoluent-ils ?
Ils évoluent le plus souvent dans le secteur informel comme marchands, bijoutiers, couturiers, commerçants d'import-export des petits vivriers. Cependant, il y a une autre vague constituée de cadres de haut niveau jouissant d'un statut diplomatique et qui travaillent dans des organismes internationaux tels que la BCAO, la CEDEAO, la BOAD, EcoBank, ainsi que dans les compagnies d'assurances.
Ont-ils tendance à rester au Togo ou à rentrer au pays monter une petite affaire ?
La plupart du temps ils restent au Togo, sinon ils se déplacent vers la Guinée-Bissau, le Congo, le Gabon, ou alors prolongent leur périple jusqu'en Afrique du Sud. Il faut reconnaitre que le Togo a changé de visage au fil du temps. Avec la mondialisation, la vie coûte de plus en plus chère au point de rattraper les autres pays de la sous-région.
La ministre des Sénégalais de l'extérieur et du Tourisme a annoncée récemment son intention de faire une tournée dans la sous-région. Le Togo est-il inscrit dans son carnet de route ?
Je n'ai pas encore reçu d'information officielle, mais je l'ai appris a travers les journaux. On attend de recevoir son programme pour préparer éventuellement sa venue, de concert avec toute la communauté sénégalaise ici présente.
Avez-vous des attentes spécifiques par rapport à sa venue ?
Bien-sûr ! La communauté féminine sénégalaise en particulier des attentes par rapport aux prêts bancaires destinés à financer des projets conçus par des Sénégalaises ou par des groupements de Sénégalaises basées au Togo.
Quel est votre avis général sur le concept de co-développement ?
C'est un concept qui a toujours existé. Selon moi, le co-développement est une forme de coopération décentralisée qui rapproche les individus et les met au cœur des réalités de leurs sociétés. Plus que jamais ce concept est à féliciter, d'autant plus qu'il considère les migrants comme des acteurs du développement. Si nous prenons l'exemple des Sénégalais, ils n'oublient jamais leur pays quel que soit l'endroit où ils se trouvent. Chaque Sénégalais trouve le moyen d'apporter sa pierre à la construction de l'édifice.
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