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"Les formations doivent créer leur propre emploi pour profiter au pays d’origine" (Alain Rousset, président du Conseil régional d'Aquitaine)

Dans le cadre de la coopération décentralisée, les migrants ont une carte à jouer pour faire valoir la mobilité des compétences et renforcer les liens entre les collectivité du Nord et du Sud. Interrogé par Co-Developpement.org à l'occasion des 4èmees Assises régionales de la coopération décentralisée et du développement solidaire organisées les 15 et 16 octobre 2009 à Bordeaux (France), Alain Rousset, président du Conseil régional Aquitaine, député de la Gironde et président de l'Association des Régions de France (ARF), souligne l'importance des enjeux liés à l'éducation et à la formation professionnelle dans les actions partenariales...

 
 
Quel est l’intérêt pour une région d’organiser une rencontre sur l’éducation et la formation professionnelle dans les pays francophones ?
 
Les Régions sont devenues des acteurs à part entière de la politique extérieure de la France, de part leur implication à travers leurs coopérations décentralisées et de leurs compétences utiles et concrètes en matière d’échanges d’expériences et de bonnes pratiques. L’éducation et la formation professionnelle sont nos cœurs de métiers et nous disposons ainsi de leviers opérationnels pour agir en matière de solidarité internationale. C’est à la fois valoriser nos ressources et contribuer au plus grand défi du développement : l’éducation, de manière la plus efficace possible.
 
 
Vous prônez une nouvelle forme de solidarité dans la zone francophone en matière d’éducation et de formation professionnelle. Concrètement, que doit-on faire ?
 
Agir de concert. Je crois que les offres de formation et d’éducation sont encore trop dispersées, mal coordonnées, pas toujours bien ciblées ou accessibles. Il faut aussi impérativement renforcer la formation des formateurs, c’est la clé du système si l’on veut que chaque pays soit en mesure de répondre à la demande de formation et d’éducation et de la prendre en charge. On peut ensuite mutualiser les outils, ce que permettent plus facilement les technologies de l’information : partage des cours en ligne, accès à une bibliothèque virtuelle par exemple. Mais l’action des Régions dans ce domaine ne pourra être que complémentaire ou incitative, pour appuyer une politique nationale en matière d’éducation.

 

Comment faire pour encourager à retourner dans leur pays d’origine les compétences que vous aidez à former ?
 
La vraie question est celle des débouchés. Les formations doivent donc répondre à une demande ou créer leur propre emploi si l’on veut que cet investissement profite au pays d’origine. Nous avons mis en place un programme d’accueil en 3ème cycle d’étudiants malgaches du CHU d’Antananarivo qui viennent à l’université et au CHU de Bordeaux compléter leur formation en tant que « faisant fonction d’internes ». Ils doivent retourner obligatoirement dans leur université d’origine à Madagascar pour valider leur spécialité. Près de 140 médecins malgaches sont ainsi passés par les hôpitaux aquitains.
 
 
Quels rôles peuvent jouer les migrants dans la coopération décentralisée au niveau de l’éducation et de la formation professionnelle ?
 
Ils peuvent à la fois jouer un rôle moteur et d’intermédiaires constructifs pour promouvoir ces coopérations. Ils en sont d’ailleurs souvent les acteurs à travers les associations de la solidarité internationale.
 
 
Comment, malgré les difficultés économiques et financières des pays du Nord, maintenir les efforts d’accompagnement des pays du Sud dans la construction de leur système d’éducation et de formation efficace ?
 
En étant justement plus efficaces et mieux coordonnés pour mutualiser les moyens. C’est bien notre intention quand les Régions de France signent une convention-cadre avec l’Agence universitaire de la Francophonie pour permettre un groupement de commandes pour l’achat d’équipements informatiques par exemple, ou pour mettre en place des cycles de formations à une échelle régionale, au sens onusien du terme. On pourrait par exemple imaginer un programme regroupant des écoles d’infirmières ou des facultés de médecine de plusieurs Régions françaises qui offrent des stages de formation ou de spécialisation pour une zone géographique donnée en Afrique de l’Ouest. Je crois que les Régions peuvent sortir des micro-projets pour chercher un effet levier plus fort auprès de leurs partenaires du Sud.
 
 
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