L'AFD va aider la création de PME dans les pays d'origine par les migrants résidant en France
"L'AFD, qui a acquis une expérience sur la création de PME par des Marocains résidant en France, s'apprête à démultiplier son intervention dans ce pays qui a mis en place un dispositif administratif et financier en faveur de ses migrants. Il s'agit d'un programme d'appui à la création de 1 000 entreprises par des migrants au Maroc", indique Michel Jaquier, directeur des opérations de l'Agence française de développement (AFD). Il a présenté ce projet d'accompagnement technique et financier à l'occasion du Forum Africagora, organisé le 7 février 2008 à Paris.
Un programme de l'AFD devrait s'appuyer sur l'exemple marocain pour favoriser sa duplication dans d'autres pays d'Afrique, en tenant compte de leur environnement économique. Selon Michel Jaquier, "les données propres à chaque pays d'origine sur les transferts des migrants et leur mobilisation sont assez imprécis dans la majorité des pays d'intervention de l'AFD". Les informations les plus fiables et les plus récentes ont été données dans un rapport établi par la BAD et présentés le 28 janvier 2008 (Co-Developpement.Org du 29/01/08). A l'analyse des éléments de ce rapport, le directeur des opérations de l'AFD observe que "l'épargne transférée est insuffisamment orientée vers l'investissement productif, même si elle s'accroît légèrement".
Deux séries d'obstacles expliquent pour partie ce faible taux d'investissement. "La première est liée à un environnement général des affaires et de l'investissement défavorable et à l'absence de véritable politique d'appui à la création de PME via le secteur de la mésofinance. Le second obstacle est lié à au statut même des migrants, qui sont handicapés par la distance entre leur lieu de résidence et le lieu d'investissement: problème de confiance des financiers, méconnaissance des réalités du pays, 'auto-illusion', imbroglios administratifs…"
Les Pays-Bas ont une longueur d'avance
Peu de pays ont mis en place des systèmes administratifs et financiers "susceptibles de pallier ces défaillances". Pour Michel Jaquier, "il apparaît un timide frémissement de la part du secteur bancaire, que l'AFD encourage désormais en promouvant de nouvelles approches pour soutenir le secteur de la mésofinance. Mais, d'une façon générale, les opérateurs financiers, banques commerciales ou fonds d'investissement, n'ont pas de stratégies affirmées face aux migrants entrepreneurs, bien que certaines banques mettent en place des dispositifs tournés vers les migrants. Il s'agit d'appuyer celles qui afficheraient explicitement cet objectif, décelables notamment grâce à l'Observatoire d'envoi d'argent à l'étranger que l'AFD vient de mettre en place."
Il existe des bonnes pratiques, comme celles de la Bank Al Amal, dédiée à l'investissement des Marocains résidant à l'étranger et de Dar Damane, un "fonds de garantie adapté". Mais, regrette Michel Jaquier, "les coopérations européennes n'ont encore qu'une expérience limitée de cette approche, à l'exception des Pays-Bas grâce à la Fondation hollandaise IntEnt". Cette structure a "permis la création au Maroc d'une soixantaine d'entreprises et donne l'exemple d'un accompagnement réussi dans le pays d'accueil et d'origine de l'entrepreneur migrant. Les Pays-Bas ont également une bonne expérience au Ghana, ainsi que dans cinq pays hors Afrique."
Un appui en trois volets
Pour Michel Jaquier, "si les procédures d'appui et de conseil aux migrants sont indispensables, elles doivent être distinctes, pour partie, de celles apportées aux investisseurs locaux. Les migrants en effet n'ont ni les mêmes compétences, ni les mêmes savoir-faire, ni les mêmes partenaires, ni la même connaissance de l'environnement dans lequel ils investissent. De plus, il faut à tout prix éviter d'en faire des surprivilégiés."
"L'appui que l'AFD propose d'apporter aux migrants doit être présenté comme un compensateur de handicaps objectifs et non comme un facteur de distorsion de traitement migrants/locaux", poursuit Michel Jaquier. Cet appui comporte trois volets: l'accompagnement/conseil des porteurs de projets, l'accompagnement financier et la mise à disposition d'un fonds financier pour l'accompagnement.
Accompagner et conseiller les porteurs de projets
L'AFD part du constat que "l'un des principaux obstacles à la création d'entreprise est lié à la faiblesse de l'accompagnement des porteurs de projet, d'autant plus criante pour le migrant, désavantagé par son éloignement géographique et psychologique, à savoir une certaine déconnexion entre l'image qu'il se fait de son pays d'origine et des réalités du terrain". Ainsi, la question de l'accompagnement est le "point clé" de la réussite de tout projet d'entreprise.
"Dans la mesure où l'assise du migrant se situe dans deux pays, les mécanismes d'accompagnement doivent être envisagés dans une dynamique de filière intégrée qui commence dans le pays d'accueil et se poursuit dans le pays d'origine. Ils doivent également s'inscrire dans la logique de réseau qui existe déjà", précise Michel Jaquier. Il faut donc "distinguer les structures qui pourraient être mobilisées en France de celles qui pourraient être sollicitées dans les pays d'origine".
Apporter un accompagnement financier
Pour l'AFD, l'amélioration de l'accès des migrants aux ressources financières doit être appréhendée sous plusieurs approches:
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"Cibler simultanément les migrants et les locaux s'adressant aux établissements financiers classiques. Ne pas les surprivilégier mais ne pas les négliger ou les défavoriser."
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"Inscrire ces démarches dans le cadre d'un travail spécifique à mener sur la mésofinance."
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"Mettre en place des opérations de partage de risque au travers du fonds de garantie."
Mettre à disposition un fonds financier pour l'accompagnement
L'AFD estime la durée d'accompagnement en amont des porteurs de projets à "environ un an au minimum", et en aval jusqu'au remboursement des prêts. Michel Jaquier propose que soit assuré un "suivi statistique postérieur", car "peu d'information existe sur la viabilité réelle de ces entreprises, ni leur croissance au-delà de 4 à 5 ans".
Le financement de cet accompagnement "pourrait être en quasi-totalité subventionné avec une participation minimale de l'entrepreneur afin d'assurer de sa motivation (par exemple, les frais d'inscription au programme), sans accaparer trop de ses ressources souvent destinées à l'investissement lui-même. L'accompagnement pourrait ainsi être gratuit à l'origine, puis payant par la suite ou remboursable en cas de réussite du projet (ou un appel à contribution des entrepreneurs ayant réussi). Il doit faire l'objet en tout cas d'une obligation de contractuelle." Ce travail serait assuré grâce à un "fonds d'accompagnement" sous forme de "crédit-consultant" pour porteurs de projets, avec "droits de tirage" pour appuis ponctuels.
De nombreuses difficultés...
Pour l'AFD, il faudra surmonter de nombreuses difficultés institutionnelles et organisationnelles, notamment dans les pays d'origine. Michel Jaquier estime essentiel d'obtenir un "accord clair" des autorités de ces pays. "Ce sont des programmes conçus dans l'intérêt des migrants et pour répondre à leur demande clairement identifiée et reconnue, en faveur du développement des pays d'origine et avec l'appui des autorités concernées. Ce ne sont pas des programmes-retour des migrants. Mais ils s'inscrivent parfaitement dans la politique de co-développement de la France."
L'Agence reconnaît d'avance, qu'il "ne sera pas aisé d'aboutir à soutenir effectivement un très grand nombre de promoteurs sur des projets productifs fiables": la demande des migrants "est sans doute bien supérieure à leur capacité réelle de créer et de gérer des PME". De plus, les services bancaires locaux restent très prudents à soutenir la création de PME, "secteur jugé trop risqué à leur avis", et plus encore ce qui concerne les migrants promoteurs "qu'ils ne connaissent pas ou connaissent mal". Preuve que le secteur de la mésofinance reste un "parent pauvre de l'appui au développement productif".
Autre obstacle évoqué par le directeur des opérations de l'AFD: la difficulté à identifier les capacités et compétences très variées des migrants, qui peuvent également "être très réticents à se voir accompagnés dans leur projet, alors que ce conseil leur est indispensable". Pour Michel Jaquier, "un engagement clair de leur part est nécessaire".
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