La diaspora éthiopienne (comme d'autres diasporas africaines) souhaite souvent investir dans le pays d'origine mais se trouve confrontée à de nombreux freins: manque de visibilité économique, mauvaise gouvernance, difficultés sociales, etc. Seid Hassan, professeur à la Murray State university, liste les principaux obstacles énumérés par des migrants éthiopiens lors d'entretiens individuels. Il montre que, lorsque les migrants désireux d'investir dans leur pays d'origine pèsent le pour et le contre de leur projet, un grand nombre d'incertitudes voire d'éléments dissuasifs apparaissent. De plus, souligne Seid Hassan, seuls 6% des transferts d'argent vers l'Afrique concernent des investissements productifs. Pourtant, presque tous les migrants interrogés expriment leur souhait, dans l'absolu, d'investir d'une manière ou d'une autre…
Les migrants manquent généralement des informations nécessaires à l'accomplissement de leur projet d'investissement. Les organisations internationales et les agences gouvernementales s'efforcent de leur fournir le maximum de données utiles, mais de tels services restent inexistants en Ethiopie où la qualité des informations reste insuffisante. Il en résulte que les migrants éprouvent de grandes difficultés à estimer leur retour sur investissement et peinent à faire pleinement confiance aux structures juridiques du pays.
Trop d'incertitudes et d'instabilité
L'Ethiopie, comme d'autres pays africains, fait face à une inflation galopante qui n'encourage pas à y investir car les marges financières dégagées se trouvent de fait inférieures à ce qu'elles semblent être. Le contexte de l'investissement apparaît également défavorable en raison des mauvaises pratiques de gouvernance et du manque de démocratie, ce qui se traduit par une instabilité politique notoire synonyme de risque pour la création d'entreprise.
L'omniprésence du parti majoritaire au pouvoir entraîne un "déficit de marché" lié à une trop grande confusion entre les sphères économiques et politiques, ainsi qu'à une lourde bureaucratie. Le pays manque aussi d'infrastructures routières ou électriques en bon état, qui empêchent les développements. En outre, du fait de la "fuite des cerveaux" par les migrations, le recrutement de salariés qualifiés représente une gageur.
Ce phénomène -paradoxale pour des migrants désireux d'investir dans leur pays d'origine- se trouve renforcé par des difficultés sociales touchant au recrutement: la division ethnique du pays limite la liberté de mouvement des personnes et rend souvent très difficile la gestion des ressources humaines lorsqu'il faut faire travailler ensemble des salariés issus d'ethnies différentes.
Les paradoxes de l'investissement
Les mêmes problèmes sociaux jouent lorsque les migrants souhaitent investir à distance ou transférer leurs compétences. En effet, les profils les plus qualifiés, susceptibles d'adopter une attitude d'entrepreneurs, quittent le pays car ils n'y trouvent pas un contexte favorable pour conduire leurs projets. Ceux qui veulent enseigner à l'université ou dispenser des formations se heurtent à des considérations ethniques et ne disposent pas de la liberté d'expression nécessaire pour faire avancer les choses.
Autre paradoxe identifié par Seid Hassan, l'augmentation du volume des transferts financiers de la diaspora vers le pays d'origine profite aussi au pouvoir en place et "tend à camoufler les violations des droits de l'Homme". Les volontés d'investissement des migrants vont également dans ce sens…
Source: Ethiopian review, "To invest or not to invest in Ethiopia", www.ethiopianreview.com/content/3010