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Institut Panos

La Banque africaine de développement remet son rapport sur l'impact des transferts d'argent sur les économies africaines

Le groupe de la Banque africaine de développement vient de remettre lundi 28 janvier 2008 une étude sur l'impact des fonds transférés pour les économies africaines. Le document, rendu public à l'occasion d'une journée organisée à Paris sur la question par la BAD et le ministère français de l'Economie, des Finances et de l'Emploi, analyse les comportements des migrants venus du Maroc, du Sénégal, du Mali et des Comores. La BAD souligne "l'importance sociale, économique et financière des transferts de migrants dans les pays récipiendaires" avec un volume de flux financier qui représente entre 9 et 24% du PIB des pays étudiés, soit "entre 80 et 750% de l'aide publique au développement dont ils sont bénéficiaires". Les transferts informels restent très importants, ils varient selon les pays entre 25 et 80%.
 
L'étude recommande "la mise en place de conditions favorable à une concurrence accrue entre les opérateurs de transferts de fonds", afin de diminuer la part des transferts informels. Elle souligne aussi l'importance de "l'accompagnement des efforts des migrants en matière de couverture des besoins de santé et d'éducation de la population des bassins d'émigration": il peut s'agir de "cofinancements et d'appui technique, en faisant de ces deux secteurs les domaines prioritaires de l'aide publique au développement". Pour la BAD, une telle mesure aurait pour effet "d'alléger la pression sociale exercée sur les migrants par leurs familles et de contribuer à améliorer leurs capacités d'épargne et d'investissement".
 
L'institution bancaire africaine recommande également de promouvoir l'épargne et l'investissement parmi la population résidant en France, au travers d'une "offre de services bancaires ciblant le secteur de l'immobilier (segment intéressant l'ensemble des migrants de plus de 35 ans), des dispositifs d'accompagnement financiers et non financiers aux porteurs de projets de création d'entreprises très petites, petites ou moyennes (les migrants qualifiés de plus de 35 ans)."
 
Le niveau de qualification et l'âge, des critères déterminants
 
L'étude repose sur des entretiens réalisés avec plus de 2000 ménages de migrants résidant en France. La BAD souligne que 60 à 85% des transferts correspondent à une épargne destinée à la consommation familiale, alimentaire, de santé, d'éducation, etc. Les transferts pour des investissements immobiliers "et dans une moindre mesure d'investissements productifs" apparaissent cependant "partout importants" puisqu'ils représentent entre 25 et 60% des montants transférés.
 
Il existe une "forte corrélation entre le niveau de qualification des migrants et l'utilisation des fonds transférés". Les moins qualifiés transfèrent entre 10 et 15% de leurs revenus, soit 100 à 160 euros en moyenne, pour l'appui à la consommation familiale des ménages bénéficiaires, alors que les migrants les plus qualifiés ou les mieux rémunérés "consacrent l'essentiel de leurs transferts à l'investissement dans leur pays d'origine". Par ailleurs, la part consacrée à l'investissement productif augmente avec l'âge, surtout à partir de 40 ans.
 
Anglo-saxon, hispanique, francophone: trois modèles différents
 
La BAD constate que le marché des envois rapide et sécurisé d'argent reste détenu par deux acteurs qui "ont développé des stratégies d'alliance avec des organismes bancaires, les postes et des institutions de micro finance, leur permettant de compter sur un important réseau d'agences de collectes et de distribution des fonds". Avec 85% à la totalité de ce type de transferts contrôlés, les opérateurs peuvent "maintenir des marges bénéficiaires élevées, partagées entre ces divers intervenants", avec en moyenne 5% à 20% de commissions perçues selon les sommes transférées. Les transferts bancaires sont rendus difficiles par une "sous-bancarisation des bénéficiaires, due principalement à un niveau de revenus par ménage bénéficiaire proche du seuil de pauvreté pour 75% à 80% des cas dans les quatre pays" étudiés par la BAD.
 
Les pays occidentaux affichent des approches différentes sur la question des transferts de fonds, souligne la BAD. Pour les anglo-saxons, "l'essentiel de l'action doit porter sur la fluidification de l'offre de services", ce qui demande de "stimuler la concurrence par une réglementation souple, la diffusion d'informations sur les prestations des opérateurs à la clientèle et la diversification des modes de transferts rapides". Pour les hispaniques, il s'agit de privilégier "une stratégie de bancarisation des migrants afin de capter les ressources consacrées à l'épargne" en leur proposant "une vaste gamme de produits bancaires spécifiques à leurs besoins".
 
Dans ce dernier cas, "les transferts deviennent alors un produit d'appel à coût très bas". La BAD note que "cette approche gagne du terrain avec les rapprochements en cours entre les banques marocaines et leurs consœurs d'autres pays africains". Autre approche, celle des francophones qui veulent "canaliser les ressources des migrants vers des investissements collectifs dans les infrastructures de santé et d'éducation ou dans des projets productifs entrant dans le cadre de programmes de co-développement".
 
Contact: Banque africaine de développement, service de communication, j.arrey@afdb.org, www.afdb.org
 
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