Ecobank: la stratégie du groupe en direction des migrants (Christophe Jocktane-Lawson, directeur régional à l'international)
Après le partenariat conclu en novembre 2009 avec la Caisse d'épargne Île-de-France, Christophe Jocktane-Lawson, directeur régional à l'international du groupe Ecobank, revient pour Co-Developpement.org sur la stratégie poursuivie en direction des diasporas africaines en Europe. L'offre proposée porte sur des transferts rapides d'argent de la France vers l'Afrique subsaharienne avec la possibilité de virer des fonds d'un maximum de 15 200 euros pour un tarif unique de 10 euros, dans un délai de deux jours ouvrés. Ce partenariat pourrait être dupliqué dans d'autres pays européens, selon Christophe Jocktane-Lawson. Ecobank réfléchit également à des offres faisant appel à la téléphonie mobile, qui devraient être dévoilées au cours du premier trimestre 2010.Où en est la mise en oeuvre du partenariat conclu avec la Caisse d'épargne Île-de-France ?
C'est en cours, nous sommes en train de mettre en place la commercialisation des produits, l'ouverture des comptes et le déploiement des commerciaux sur le terrain. Tout se passe comme prévu, l'offre est d'ores et déjà opérationnelle. Pour l'instant deux agences sont dédiées à cette opération, situées à Montreuil (Seine-Saint-Denis) et dans le 10ème arrondissement de Paris. Nous avons une période de test qui va durer six mois puis, si la collaboration est positive, le partenariat sera étendu à d'autres pays que le Mali, le Sénégal et le Cameroun, soit les 29 pays d'Afrique où Ecobank est présent.
Prévoyez-vous d'autres partenariats avec des institutions bancaires sur ce créneau, en France ou dans d'autres pays européens ?
Pas en France, nous avons retenu la Caisse d'épargne en raison de l'importance de son réseau car notre stratégie est de nouer des partenariats avec des banques de réseau pour atteindre le plus grand nombre d'individus membres des diasporas. Cependant nous envisageons de répliquer la même opération dans d'autres pays en Europe où il existe une forte communauté issue de la diaspora subsaharienne, comme la Grande-Bretagne, l'Espagne, l'Allemagne, la Belgique ou l'Italie.
Le recours à la téléphonie mobile est de plus en plus cité comme un moyen moderne de transfert d'argent, par exemple au Kenya avec Vodafone (voir Co-Developpement.org). Envisagez-vous ce type de service ?
Précisément, nous y travaillons, en particulier en Afrique. Nous somme en relation avec la plupart des opérateurs mobiles pour offrir à nos clients des produits de transferts qui utilisent la téléphonie mobile, ce qu'on appelle le "mobile banking". Nous y travaillons ardemment. Il faut résoudre un certain nombre de contraintes comme la problématique de l'exclusivité, car la plupart des opérateurs souhaitent une exclusivité et nous souhaitons que ce soit ouvert. Nos contraintes sont aussi d'ordre réglementaire pour faire accepter ces opérations par les banques centrales. Nous essayons d'avoir les feux verts des autorités réglementaires et de gérer les aspects commerciaux avec les opérateurs avant d'être opérationnels. Avant la fin du premier trimestre 2010, nous seront en mesure d'être opérationnels avec un certain nombre d'opérateurs de téléphonie mobile.
Quelle est votre stratégie de développement de nouvelles offres vers les migrants ?
La stratégie consiste essentiellement en la multiplication des canaux de distribution et des couloirs de transfert d'argent. Le "mobile banking" est un moyen à promouvoir de plus en plus, il faut aussi développer les partenariats, surtout en Europe où nous n'avons pas vocation à faire de la banque de détail. Nous voulons offrir des produits dans des conditions de sécurités avec des partenaires qui ont des expériences avec les migrants et ont des réseaux. Notre stratégie porte aussi sur l'utilisation du web, car il existe des possibilités de transfert intéressantes par ce biais, ou encore sur le recours aux cartes bancaires pour des transferts de "carte à carte". Par ailleurs, il nous faut nous positionner sur des couloirs de transferts importants entre l'Europe et des pays d'Afrique centrale comme le Gabon, le Congo, ou pour des transferts à l'intérieur de l'Afrique de l'Ouest notamment sur la Côte d'Ivoire, le Togo, le Bénin, le Sénégal, en proposant des produits plus internes et traditionnels comme le "rapid transfert". C'est un produit conçu par Ecobank en Afrique qui permet de faire des transferts de façon instantanée, au bout de deux à trois heures à travers le réseau Ecobank. Par exemple une personne qui dispose d'un compte Ecobank au Cameroun peut transférer les fonds instantanément au Togo à un autre compte de notre réseau. Ce service est disponible dans les 700 agences du groupe réparties dans 29 pays.
Au Nigeria par exemple, des banques incitent les migrants à investir au travers de services spécifiques (Voir Co-Developpement.org) De telles offres sont-elles envisageables vers les migrants francophones ?
Nous n'avons pas encore défini l'offre bancaire pour capter les migrants francophones, nous avons une offre qui s'adresse à l'ensemble de nos clients mais pas dédiée à la diaspora. La raison est que nous n'avons pas encore identifié les besoins qu'expriment cette catégorie de clientèle. D'autre part, il faudrait que nous puissions résoudre un certain nombre de contraintes associées à l'offre bancaire. Par exemple, pour des prêts ou financements de projets il existe des problème liés à la capacité de remboursement de l'emprunteur. Il peut s'agir de savoir comment contrôler les flux de paiements pour des résidents dans zones distantes où Ecobank opère, avec les problèmes inhérents de domiciliation de salaire notamment pour évaluer la stabilité de revenus de ces clients. On ne peut résoudre ces problèmes qu'à la mesure des besoins expérimentés. Il nous faut développer le partenariat conclu il y a à peine un mois pour avoir davantage de visibilité. Ce partenariat porte aussi sur la bancarisation des particuliers, c'est un aspect fondamental.
Proposez-vous des dispositifs de soutien aux migrants porteurs d'un projet économique au Sud ?
Nous n'avons pas encore de service dédié aux migrants sur ce créneau. Nous avons des dispositifs adaptés à la clientèle en Afrique, essentiellement constituée par des particuliers qui ont une activité salariale ou par des entrepreneurs. Savoir en quelle mesure les migrants s'insèrent dans ces dispositifs reste à définir. Un migrant vient avec un projet particulier, il nous faut étudier le projet et la capacité du migrant à s'engager dans ce projet: est-t-il encore un migrant ? devient-il résident dans un pays d'Afrique ? Ce n'est pas encore bien défini, et nous n'avons pas eu encore beaucoup de demandes pour recenser une typologie des besoins pour définir un produit qui soit directement dédié à eux.
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