"L'Afrique doit maintenant développer son capital humain" (Samuel Losuron Poghisio, ministre de l'Information et des Communications du Kenya)
Au Kenya comme dans l'ensemble des pays d'Afrique, la crise économique et financière commence à se faire durement sentir. L'importance des contributions des diasporas apparaît d'autant plus que les envois d'argent diminuent, et les Etats doivent repenser certains aspects de leur développement. Rencontré à l'occasion du Forum économique international sur l'Afrique, Samuel Losuron Poghisio, ministre de l'Information et des Communications du Kenya, répond aux questions de Co-Developpement.org. L'événement était organisé vendredi 4 juin 2009 par la Banque africaine de développement (BAD) et le centre de développement de l'OCDE, au ministère français de l'Economie, de l'Industrie et de l'Emploi à Paris.(NdR: l'interview, en anglais, est traduite en français. La bande sonore originale suit chaque réponse)
En quoi la crise économique actuelle affecte-t-elle l'implication de la diaspora kenyane en faveur du développement de leur pays d'origine ?
Samuel Losuron Poghisio : La crise économique affecte tout le monde, même la diaspora dont les transferts d'argent représentent normalement beaucoup ont été réduit à cause de la crise mondiale. Mais nous apprécions toujours le fait que les fonds de la diaspora continuent à arriver. Ils ont été particulièrement utiles pour le développement des zones rurales car les gens continuent à y investir. Cela a permis d'améliorer l'économie du pays, mais nous sentons maintenant la pression de la diaspora avec la réduction du montant des transferts d'argent, qui ne représente plus autant qu'avant.
Cette crise se traduit-elle par des retours de migrants vers le Kenya ?
Samuel Losuron Poghisio : Pour l'instant la plupart ne font qu'envoyer des ressources au pays. Mais un nombre important commencent aussi à revenir, car la vie est devenue très difficile dans leur pays de résidence. Certains ont tout perdu et doivent rentrer. Ils s'aperçoivent que leurs investissements au pays font partie de la réponse. Il est donc vrai que certains migrants sont forcés de revenir, mais la plupart continuent à investir dans leur pays d'origine.
Constatez-vous une répercussion sur les projets de développement du Kenya ?
Samuel Losuron Poghisio : Beaucoup des développements initiés sont maintenant mis au ralenti, parce que ces envois d'argent ne viennent plus en si grande quantité. Nous réalisons que cela va certainement empirer car les conditions économiques et la crise financière affectent de plus en plus profondément les pays où qu'ils se trouvent. Nous ne pouvons plus miser uniquement sur la diaspora, nous devons penser que la crise économique est aujourd'hui bien présente et devons trouver de nouveaux modèles, diversifier nos sources de revenus. Nous devons doubler nos efforts en faveur de l'économie locale, en particulier vers le secteur agricole, les mines, les ressources locales. L'Afrique doit maintenant miser sur ses ressources, développer son capital humain et mieux valoriser ses ressources naturelles.
Comment la diaspora peut-elle contribuer au développement de l'innovation, par les technologies de l'information et de la communication (TIC) notamment ?
Samuel Losuron Poghisio : Je pense tout d'abord en termes de contribution à l'équipement des écoles en ordinateurs, de venir proposer une offre de formation, d'investir dans le secteur des nouvelles technologies, de rentrer au pays créer des activités car il existe beaucoup d'opportunités commerciales. Ils peuvent venir conclure des partenariats avec les entrepreneurs kenyans. Mais cela n'a de sens que s'ils s'engagent en faveur de la formation, qu'ils donnent aux écoles et y enseignent pour que nos enfants puissent s'adapter au secteur des TIC. Un autre moyen important par lequel la diaspora peut nous aider est d'inciter au niveau international les entrepreneurs à venir investir au Kenya sur les secteurs des télécoms, de l'Internet, des centres d'appel, de l'outsourcing informatique, etc.
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