
L'envoi d'argent des migrants prend aujourd'hui d'autant plus d'importance "qu’avec la crise financière, la hausse des transferts observée ces dernières années pourrait se ralentir et nuire à la croissance des pays en développement". C'est le constat dressé par le
Centre d'analyse stratégique, organisme rattaché au Premier ministre français, dans une note publiée en mai 2009. Le document souligne que ces transferts d'argent "ne se dirigent pas suffisamment vers des investissements productifs", il faut pour maximiser leur effet bénéfique parvenir à mieux les "bancariser", mais aussi "à diminuer leur coût et à les orienter vers des activités profitables au développement des pays pauvres".
Reprenant des données de la Banque mondiale, l'analyse souligne que "au cours de l’année 2006, 210 millions de travailleurs ont envoyé à leur famille dans les pays en développement environ 300 milliards de dollars". Le montant global ne cesse d'augmenter fortement ces dernières années (ils ont triplé sur 10 ans), témoignant d'une capacité à résister "aux aléas des conjonctures économiques". Pourtant, "la crise actuelle semble avoir fortement contracté ces flux, notamment dans les pays les plus pauvres". Ainsi, les dernières estimations font état de baisses allant de 5% à 8% pour l'année 2009.
Reste que les évaluations fournies par des structures comme la Banque mondiale sous-estiment largement la réalité des flux financiers engendrés: une partie importante des transferts se fait par des voies informelles, le montant total devrait de la sorte être réévalué de "45% à 65% au-dessus des données officielles". Par ailleurs, la répartition géographique des transferts financiers se révèle inégale. L’Asie et l’Océanie sont les premières régions bénéficiaires, avec 114 milliards de dollars reçus en 2006 (soit 3% du PIB), suivies par l’Amérique latine et les Caraïbes (68 milliards, soit 3% du PIB), l’Europe (51 milliards, soit 4% du PIB) et l’Afrique (38,6 milliards, soit 5% du PIB) "dont près de la moitié à destination de l’Afrique du Nord".
Le Centre d'analyse stratégique note que "à l’exception de très rares pays, tels Cuba ou l’Éthiopie (+19% depuis six mois), où les transferts financiers vont probablement continuer à augmenter malgré la crise, la plupart des autres pays récepteurs ont déjà enregistré une baisse des envois de fonds". Au Mexique par exemple, le manque à gagner risque de se faire sentir durement: les envois d'argent des migrants représentent en effet la deuxième ressource monétaire du pays après le pétrole. Celle-ci accuse d'ores et déjà une baisse de 3,5% en 2008, et de 7% au cours des deux premiers mois de 2009 par rapport à la même période de 2008.