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Institut Panos

Les migrants, une force économique, sociale et politique, selon des participants à une rencontre du réseau IDD

Dans la région de Kayes, au Mali, 75% des écoles ont été construites par les migrants et les enseignants sont payés par eux, sept entreprises de transports sur 10 ont été créées par des migrants, et plus de la moitié des villages de 3 à 4000 habitants qui ont des adductions d'eau, seulement 10% des infrastructures sont financées par l'Etat le reste l'étant par des migrants et des partenaires au Nord. C'est ce qu'indique Hamedy Diarra, du réseau des associations du fleuve Sénégal, lors d'une table-ronde organisée par le réseau IDD (Immigration, développement, démocratie) à l'occasion de la 12ème édition de la Semaine de la solidarité internationale, samedi 14 novembre 2009 à Paris. Les intervenants ont mis en avant l'apport des migrants en faveur du développement de leurs pays d'origine, leur capacité à "créer des ponts" entre le Nord et le Sud, mais aussi à promouvoir la démocratie et à participer activement aux prises de décision politiques.
 
Le réseau des associations du fleuve Sénégal existe depuis 1993 et concerne la région de Kayes au Mali, "dont 80% des Maliens de France sont issus", la zone sud de la Mauritanie, ainsi que la partie est du Sénégal, signale Hamedy Diarra. "Lorsque nous avons constaté l'absence de l'Etat dans ces régions, les migrants se sont dit qu'il ne fallait pas attendre et nous avons d'abord mis en place des coopératives agricoles qui ont servi de déclencheurs pour une prise de conscience. Puis sont apparus des projets sur la santé ou sur l'éducation." Aujourd'hui, les choses ont considérablement évolué, à tel point que les migrants ont gagné dans ces trois pays une reconnaissance politique.
 
Une reconnaissance politique
 
Le poids économique des migrants et leurs actions de terrain ont obligé les Etats de la zone fleuve Sénégal à reconnaître leur poids stratégique. "Quand la dictature est tombée en 1991 au Mali, cela représentait une aubaine", souligne Hamedy Diarra: "nous sommes allés à la conférence nationale et les migrants ont gagné, sur le papier, 10% des sièges à l'Assemblée nationale. Même si cela ne s'est pas concrétisé dans les faits", le Mali devenait le premier pays d'Afrique à accorder une place politique aux migrants. Le Sénégal a suivi le mouvement, puis la Mauritanie.
 
Pour Abdallah Zniber, coordinateur national du réseau IDD, "les pratiques des migrants en faveur du développement sont anciennes, mais on voit émerger des actions collectives en particulier au travers des créations d'organisation de solidarité issues des migrations (Osim), un phénomène franco-français visible à travers le monde. Beaucoup d'actions sont menées avec de petits moyens, restent peu connues, mais apportent beaucoup de choses au niveau local. Cette notion d'acteurs collectifs dépasse la vision imposée par les politiques que les projets des migrants sont en lien avec une perspective de retour au pays."
 
Promouvoir la démocratie, un élément clé des projets
 
Pour le réseau IDD, la mise en oeuvre des projets "n'a rien à voir avec le retour, qui correspond à une décision individuelle", et il faut se démarquer de "ces politiques qui instrumentalisent le développement" au profit de la gestion des flux migratoires, plaide Abdallah Zniber. "Nous sommes face à un débat biaisé, dangereux, car le véritable enjeu n'est pas l'identité nationale mais la solidarité internationale, les liens entre les peuples".
 
IDD est un réseau d'organisations de solidarités issues des migrations marocaines (20 en France, 25 au Maroc), qui fête ses 10 ans d'existence, rappelle sa présidente Chadia Arab. Le principe est de faire travailler les associations en binôme, au Nord et au Sud. Le premier projet mis en place portait, de 2000 à 2005, sur l'établissement de cinq bibliothèques rurales dans cinq villages avec un objectif de développement culturel. Pour ancrer cette initiative "dans la continuité", un projet voit le jour afin de mettre en réseau des associations de migrants et des associations rurales pour former 25 stagiaires.
 
Un "réseautage Sud-Sud" existe également "pour établir des ponts, des échanges, des réalisations communes", notamment en faisant venir des Tunisiens au Maroc pour développer les coopérations. IDD entend favoriser les liens entre migration et développement, mais inscrit également la promotion de la démocratie "au coeur des actions du réseau", souligne Chadia Arab. Elle rappelle que les migrants contribuent aussi au développement par les transferts d'argent, qui sont pour le Maroc "plus importants que les revenus du phosphate ou ceux du tourisme". Il s'agit d'une "source d'investissement et de progrès avec l'amélioration du niveau de vie des familles".
 
Contact: Réseau IDD, 01 55 79 09 34, contact@idd-reseau.org

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