Processus de paix: le rôle des diasporas de la Corne de l'Afrique analysé par l'institut norvégien Prio

L'engagement des structures de représentation de la diaspora peut jouer un rôle clé dans l'élaboration des processus de paix, mais leur positionnement et leur reconnaissance apparaissent souvent délicats. Dans une note d'information (rédigée en anglais), le Prio, l'institut international de recherche pour la paix de Norvège, montre qu'il est difficile pour des ONG de la Corne de l'Afrique de mettre en place, de manière explicite, des actions de reconstruction dans les zones marquées par des conflits politiques. En associant les diasporas d'Europe aux processus de paix, ces structures risquent de se voir reprocher d'exercer des activités de dissidence et d'œuvrer pour l'opposition. Résultat: très peu d'ONG affichent clairement une volonté d'agir en faveur de la paix dans les pays d'origine, par crainte de se voir interdire d'activité dans les pays ciblés.
 
La participation des diasporas aux processus de paix peut prendre des formes multiples. Elle s'inscrit dans tous les cas dans un engagement à moyen ou à long terme, afin d'assurer la pérennité des actions de transformation de la vie politique des zones de conflit ou de post-conflit. Ces activités peuvent intervenir directement, mais aussi indirectement, dans la conception des programmes internationaux en faveur de la pacification des pays concernés. Il peut s'agir de l'envoi d'aide matérielle, d'un soutien institutionnel, de renforcement des capacités sur place, de campagnes d'information, de lobbying avec les institutions intergouvernementales ou étatiques, etc.
 
Une capacité d'intervention mise en cause
 
Les activités de promotion du respect des droits de l'Homme, par exemple, ne sont pas toujours bien perçues par les gouvernements des zones de conflit. La situation en Érythrée montre que les organisations de la diaspora qui œuvrent dans cette direction se retrouvent quasi systématiquement bannies du pays lorsqu'elles affichent une volonté de travailler pour la construction de la paix. L'Éthiopie s'est dotée d'une loi, en janvier 2009, interdisant d'exercice les ONG positionnées sur des missions de pacification et de promotion des droits de l'Homme dès lors qu'elles reçoivent plus de 10% de financements de l'étranger. De fait, la capacité des diasporas à intervenir s'en trouve considérablement réduite.
 
Certaines structures sont contestées dans leur principe même, à l'instar du réseau des Éthiopiens musulmans en Europe, le "network of ethiopian muslims in Europe", qui entend agir en faveur de la paix, mais dont les détracteurs considèrent les actions comme davantage créatrices de tensions religieuses et sociales. Les pays de la Corne de l'Afrique se méfient aussi des actions conduites par les organisations représentant la diaspora, au motif qu'elles comprennent un grand nombre d'intellectuels dissidents ayant quitté le pays mais qui conservent des relations privilégiées avec des acteurs de la vie politique locale.
 
Nombreuses sont les organisations de diasporas qui font finalement le choix d'intervenir de manière indirecte, en particulier sur la promotion de l'éducation. L'idée est, par ce biais, de réussir à éloigner les plus jeunes des aspirations à la violence en misant sur des actions éducatives pour prévenir les conflits sociaux générateurs de crise, ou pour faciliter la résolution des tensions en situation de post-crise par un apaisement des relations sociales. Un autre problème évoqué par l'institut norvégien tient aux moyens d'une intervention dans des zones très risquées. C'est le cas du Somaliland et du Puntland, où les structures de la société civile ont été prises pour cibles de façon répétée depuis 2006.
 
Source: "Diaspora organizations from the horn of Africa in Norway: contributions to peacebuilding?", www.prio.no

 

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