D’un pays à l’autre, le lien entre les migrants et le développement n’occupe pas la même place dans le discours politique, scientifique et médiatique. Regroupés par pays dans le cadre d’ateliers à l’occasion d’une rencontre européenne organisée au Conseil de l’Europe par l’Institut Panos Paris autour du projet IDEM ! (Informer sur le développement et les migrations) (Co-Developpement.Org du 21 novembre 08), les participants ont essayé d’en comprendre les raisons et exposé ce qui est fait au niveau national pour une meilleure prise en compte de la migration, de son impact sur le développement et de ses manques et défaillances.
Espagne. Les médias jouent un rôle important en Espagne dans la construction et la diffusion de la thématique migration et développement. Les entreprises, notamment les banques, à travers la publicité, participent à la valorisation des actions des migrants dans le développement. On note cependant un défaut de coordination entre les acteurs espagnols, qui “ne partagent pas entre eux leurs connaissances. Il y a un manque d’articulation et d’interconnexion entre les différentes structures”.
Les participants espagnols ont évoqué les initiatives à encourager pour promouvoir les actions des migrants dans le développement, à la fois de leur pays de résidence et de leur pays d’origine. Il y a, par exemple, les nombreux projets de documentaires pour transmettre une image autre que négative de l’immigration dans les pays occidentaux. “Le système éducatif doit davantage contribuer à cette mission. Beaucoup de choses ont été faites dans ce sens, mais nous devons en faire plus”, a précisé un acteur espagnol, qui déplore le “manque de ressources” pour une telle cause.
France. “On ne parle d’immigration et des minorités en France que quand il y a un des événements tels que les émeutes en banlieues ou les élections. On est alors envahis par des reportages audiovisuels, des articles de presse, des rapports”. Pourtant, déplore un acteur français, “beaucoup d’actions mettent en avant le rôle des migrants dans le développement de la France, sans que ni la presse ni les politiques s’y intéressent”. Pour beaucoup de participants français, la thématique sur les migrants et le développement reste encore une affaire réservée aux experts. Conséquence: très peu de temps et de moyens sont réservés aux actions concrètes.
Les acteurs français recommandent notamment de “cesser de chercher systématiquement un rôle aux migrants. Ne cherchons pas à toujours lier migration et développement. Il faut reconnaître que chacun des acteurs a ses spécificités et créer un cadre de concertation afin de renforcer la culture de partenariat”.
Portugal. Le discours des institutions publiques portugaises porte notamment sur la contribution des migrants au développement de leur pays d’accueil, l’esprit d’entreprenariat de ces derniers ainsi que les soutiens apportés aux nombreuses associations de migrants. On déplore cependant le manque de coordination entre les différentes institutions publiques. C’est d’ailleurs le cas pour les organismes de recherche scientifique sur ce sujet. Le discours scientifique est porté par des organismes de recherche qui ont du mal à construire un corps de théorie et de connaissance commune sur les migrations et le développement. Beaucoup de travaux de thèse sont consacrés à cette problématique.
Pour ce qui concerne les médias, on observe un intérêt de plus en plus accru pour les questions liées à l’immigration, souvent assimilée à la violence. Cependant, très peu de réalisations sont consacrées aux liens entre migration et développement. Les radios locales consacrent nombreux programmes aux initiatives des migrants. Mais on déplore l’absence de médias portés par les migrants.
Très peu d’ONG portugaises s’intéressent à la diffusion d’informations sur la migration et le développement. Leurs financements proviennent majoritairement de d’institutions publiques et européennes. Il n’y a presque pas de financement pour les projets à destination des pays d’origine. Les associations de migrants ont une vision claire de l’immigration au Portugal. On note une “bonne” circulation de l’information, mais ces associations éprouvent quelques difficultés pour travailler ensemble, même si des efforts se font sentir au sein d’une plate-forme. Selon les acteurs, “plus le migrant est intégré plus il a de possibilités de contribuer au développement à la fois de son pays d’accueil et de son pays d’origine”. Ils manquent d’informations précises sur les migrants et les diasporas, leurs caractéristiques, leurs motivations et leurs attentes.
Royaume-Uni. Les migrants sont souvent présentés par les médias britanniques comme de potentielles causes de troubles à l’ordre public ou comme des organisations terroristes: “les médias façonnent l’opinion public, qui craint que les migrants n’envahissent le pays et le détruisent”. En clair, il y aurait une sorte de désinformation de la part des médias et des politiques sur les migrants. Au Royaume uni, chaque communauté ethnique possède ses propres médias. Mais, précisent les acteurs britanniques, ceux-ci “ont besoin de s’unir pour apporter des contre-poids aux informations des médias à grands tirages”. Par ailleurs, il faut qu’il y ait “plus de minorités dans les médias” et que “les argumentations au Royaume uni ne soient pas liées aux couleurs des personnes mais à leur mérite”. Dans tous les cas, “les questions liées à la migration doivent être traitées avec plus de sérieux”.
Italie. “Les migrants doivent être mis au centre du processus de développement de leur pays d’accueil et des pays d’origine”. Les politiciens italiens “ne parlent de l’immigration que de façon négative, avec la complicité des médias. Il n’y a pas de discours positif et équilibré”. Cette situation est aggravée par le fait que les associations de migrants “manquent de représentativité et ne travaillent pas souvent ensemble”.
Pour les participants italiens, il y a “une urgence à travailler pour une meilleure communication au niveau des associations afin que leurs efforts soient mieux connus. L’immigration est comme un iceberg où la grande partie des personnes ne se fait pas connaitre. Il faut les lier à leur pays d’origine, afin de faire comprendre les enjeux du développement aux personnes restées au pays. Les personnes vivant à l’étranger permettront d’avoir un autre regard sur nos problèmes”. Et de demander que soit érigés, “dans chaque pays, des ponts entre les communautés d’autochtones et celles des immigrés”. Selon eux, “la grande majorité des Italiens ne semble pas encore suffisamment ouverte au dialogue avec les immigrés”. Les médias en seraient responsables.
Le travail des associations de migrants avec les ONG n’est pas souvent aisé. Ces dernières “ont le sentiment d’avoir le monopole des questions sur la migration et le développement”. Les acteurs italiens recommandent aux immigrés de se former davantage “afin d’être compétitifs” et “se donner plus de chances d’intégration dans l’économie locale”. Dans tous les cas, “les hommes et femmes des médias issus de l’immigration doivent s’organiser pour promouvoir davantage les actions des migrants aussi bien dans leur d’origine que d’accueil”.
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