Aminata Lô Dieng, ministre des Sénégalais de l'extérieur: "faire de l'émigration un partenaire potentiel au développement"

Dakar, correspondance

Le gouvernement sénégalais prévoit un certain nombre d'actions pour encourager la participation de ses ressortissants vivant à l'étranger au développement du pays. Parmi ces projets, l'ouverture d'un site internet destiné en particulier à recenser les compétences et à recueillir les curriculum vitae de ceux qui souhaitent rentrer au pays. Interrogée par Co-Developpement.Org, Aminata Lô Dieng, ministre des Sénégalais de l'extérieur et du Tourisme, détaille la politique menée en direction de la diaspora:

 

Quelle stratégie adoptez-vous pour impliquer les émigrés dans le processus de développement local ?

Le Sénégal dispose aujourd'hui d'un potentiel d'émigrés extrêmement important, évalué entre 2,5 et 3 millions. Les dernières études montrent qu'ils transfèrent 500 milliards de FCFA par an (plus de 762 millions d'euros) et contribuent énormément à lutter contre la pauvreté au niveau de leurs familles restées au pays. Eu égard à cela, le gouvernement a décidé de faire de l'émigration un partenaire potentiel au développement, d'où la mise en place de nouvelles structures nationales pour permettre à tous les Sénégalais de mieux y participer. La création de ce ministère, qui existe depuis bientôt 2 ans, atteste de la volonté politique du gouvernement de considérer les émigrés comme des partenaires au développement. Au niveau de notre ministère, nous avons réformé complètement notre département en vue de permettre aux Sénégalais de l'extérieur de pouvoir revenir et investir au pays sans difficulté. On peut citer comme reforme la mise en place d'une direction chargée des projets d'investissement et le Fond d'appui à l'investissement des Sénégalais de l'extérieur (FAISE, Co-Developpement.Org du 19/07/08). Dans ce fond, nous avons une subvention de l'Etat qui est un appui considérable des partenaires au développement pour accompagner la politique gouvernementale. Ces reformes engagées vont surement dans 1 ou 2 ans nous permettre, à l'instar de l'Italie, de nous appuyer sur notre émigration pour lancer notre plan national de développement.

Qu'entendez-vous par faire de votre émigration un partenaire potentiel au développement ?

Nous nous sommes rendus compte que les 500 milliards servaient uniquement à construire des immeubles, où alors à aider les familles des émigrés à assurer la dépense quotidienne. Ceci est certes important mais pas productif, d'où la nécessité d'engager des reformes. Au-delà, nous avons décidé de mettre sur pied les bases d'une politique d'émigration de développement qui va nous permettre de capitaliser l'épargne mais aussi de l'orienter vers des secteurs tels que l'agriculture, le tourisme et l'élevage. Avec le projet de la GOANA (Grande offensive agricole pour la nourriture et l'abondance) que le président Wade vient de lancer, nous allons encadrer les émigrés de telle sorte qu'ils puissent investir. Ils pourront à partir de cela avoir des sociétés capables d'exploiter des fermes agricoles dans leurs villages ou régions d'origine, tout en créant simultanément de l'emploi pour les jeunes restés au pays.

Des projets sont en cours de réalisation dans le secteur bancaire pour faciliter les transferts d'argent, voire inciter les migrants à investir dans des circuits économiques productifs. Où en sont ces projets et à quel point peuvent-ils servir d'exemples ?

Force est de constater qu'aujourd'hui les structures non-étatiques ont compris que les Sénégalais de l'extérieur ne peuvent pas être négligés dans tout ce qui se fait au niveau national. Les banques sont en train de réformer complètement leurs structures pour intégrer les investissements de ces Sénégalais ainsi que leurs transferts d'argent. En ce qui concerne la Banque de l'Habitat du Sénégal (BHS), elle est en train d'ouvrir des succursales un peu partout à l'étranger pour permettre aux Sénégalais qui y vivent de pouvoir ouvrir un compte dans une banque sénégalaise, et mieux encore de pouvoir compter sur l'appui de cette banque pour réaliser leurs projets d'investissement, surtout immobilier. Pour cela, elle soutient notre ministère en proposant des conditions plus où moins souples aux émigrés qui veulent obtenir un habitat décent au Sénégal. D'autres banques sont en train de créer des guichets uniques pour les Sénégalais de l'extérieur, ainsi que des produits spécifiques pour le montage de leurs projets. Des Sénégalais s'organisent aussi avec les banques pour créer des sociétés de transfert d'argent. Comme exemple, nous avons Money Express qui est une société sénégalaise implantée un peu partout dans le monde.

Une mutuelle d'épargne et de crédit des Sénégalais de France a été lancée le 19 avril dernier (Co-Developpement.Org du 23/04/08). Que pensez-vous de cette réalisation ?

Nous saluons la création de cette mutuelle qui est une très bonne initiative. Elle est d'ailleurs en train d'être répétée: nous étions récemment en Italie et avons fait mettre en place un fond d'appui à la microfinance pour la création d'une mutuelle. Ceci peut être le point de départ pour la création d'une banque pour les émigrés sénégalais. Quand ces mutuelles seront mises en place, cela va s'en dire que nous allons nous appuyer sur elles pour mener à bien notre politique d'appui financier aux Sénégalais de l'extérieur.

Existe-t-il des projets similaires dans d'autres pays en Europe, aux Etats-Unis ou en Asie ?

Je ne suis pas encore allé à ces endroits, mais j'envisage d'y faire une tournée pour rencontrer les Sénégalais qui vivent là-bas, voir dans quelles conditions ils évoluent, quelles sont leurs aspirations par rapport à la politique que nous sommes en train de mener et à quel niveau ils pourraient agir.

Un projet de banque au Sénégal pour le secteur informel et la diaspora a été annoncé en février dernier par la fédération mondiale des commerçants du Sénégal (Co-Developpement.Org du 19/02/08). Le ministère prend-il part à un tel projet ?

Le ministère a pour rôle d'encadrer et de tracer une voie. La voie que nous avons tracée conformément aux instructions du chef de l'Etat est celle d'une politique d'émigration et, globalement, par rapport à celle-ci chacun prend part à cette politique. Les banques sont certes nos principaux collaborateurs, mais il y a aussi le secteur privé avec notamment les commerçants. Malheureusement, les commerçants ne nous ont pas encore informés de ce projet mais je suis certaine qu'ils ne vont pas tarder à le faire puisque nous allons être partenaires. La création de cette banque viendrait à point nommé nous faciliter la tâche. Une fois que les commerçants entreront en contact avec nous, nous ne lésinerons pas sur les moyens pour les accompagner.

Quelles actions prévoyez-vous pour faire face au phénomène de fuite de cerveaux et plus largement pour encourager et faciliter la mobilité des compétences de la diaspora vers le Sénégal ?

Généralement, quand on parle d'émigration, les gens pensent tout de suite aux flux d'argent et oublient la fuite de cerveaux qui est un handicap majeur au processus de développement du pays. Ces cerveaux constitués de cadres dans les banques, universités, instituts de recherche…et d'étudiants en fin de formation sont des performances sur le plan intellectuel qu'on aurait souhaité avoir dans notre pays. Au-delà du Sénégal, l'Afrique a plus que jamais besoin de ses fils qui excellent dans ces domaines pour permettre au moins de "booster" le développement. Nous en avons davantage besoin que l'Europe, d'autant plus que nous sommes à l'état d'émergence. Au niveau de notre ministère, nous avons décidé d'ouvrir un site internet qui nous permettra de communiquer avec ces Sénégalais de la diaspora qui pourraient, s'ils veulent revenir au bercail, envoyer leur curriculum vitae afin que nous puissions les dispatcher au sein de l'Etat. Le but est de mettre à la disposition de la nation ses fils qui ont une expérience avérée dans tel ou tel domaine et qui sont prêts à revenir servir le pays et, pourquoi pas, participer à son émergence.

Si les émigrés tiennent compte des salaires, ne pensez-vous pas qu'ils rejettent votre offre ?

C'est un choix ; on ne peut pas comparer les salaires mais plutôt les niveaux de vie. Au départ ce n'est jamais facile, et si on pose le débat en termes de salaires alors on fausse tout. L'autre aspect très important de ce problème est le sentiment patriotique et l'engagement. Nous avons la responsabilité de sortir notre pays de la pauvreté, de sortir l'Afrique de ce qu'elle est aujourd'hui. Pour cela, il y a des sacrifices à faire afin que les générations futures aient un mieux être. Je pense que c'est en ces termes qu'il faut raisonner.

L'émigration des Sénégalais se fait en majorité de manière intracontinentale en Afrique. Existe-il une politique spécifique envers ces migrants ou des axes de co-développement avec les pays africains ?

Il est vrai que ce sont nos compatriotes et qu'ils méritent assistance et encadrement. Je suis une panafricaniste et personnellement, je ne considère pas le Sénégalais vivant quelque part en Afrique comme étant des émigrés. Tant qu'ils n'éprouvent aucune difficulté particulière liée à l'instabilité politique de leurs pays hôtes, je considère qu'ils sont chez eux. D'ailleurs ce qu'ils nous demandent souvent ce sont des mutuelles, des microcrédits et un toit au Sénégal. Je compte une faire tournée africaine dans les jours à venir pour m'imprégner de la situation dans laquelle ces Sénégalais vivent parce que, d'ici, nous n'arriverons pas à avoir des informations précises les concernant.

La politique du ministère s'appuie-t-elle sur les dispositifs de coopération décentralisée ? Comment envisagez-vous l'évolution de votre action dans cette perspective ?

Il faut noter que pratiquement tous les Sénégalais vivant à l'étranger participent activement à cette politique décentralisée, et ceci est vraiment à féliciter. Si vous allez dans les communautés rurales, la plupart des centres de santé et écoles ont été construits grâce aux émigrés et souvent avec l'aide des mairies de leurs pays hôtes. La ferme agricole de Khombole (Région de Thiès) par exemple a été financée par la ville italienne de Pontedera. Les Sénégalais de l'extérieur sont des agents qui facilitent et contribuent considérablement à cette politique de décentralisation. Au niveau du ministère, nous recevons énormément de demandes d'exonération sur le matériel destiné aux écoles et postes de santé. Nous les encadrons, les appuyons, facilitons les démarches pour que cette coopération décentralisée puisse aller de l'avant.

Lire aussi:

- La stratégie du nouveau Fond d'appui à l'investissement des Sénégalais de l'extérieur, par son administrateur Matar Dioum

- France-Sénégal: le bilan de trois ans des 'Initiatives de codéveloppement"

- La stratégie d'action de la Fondation des émigrés sénégalais, par sa présidente Khady Sakhoniang

- Les envois d'argent des migrants contribuent fortement à réduire la pauvreté, selon une étude du ministère des Finances du Sénégal

- Sénégal: le gouvernement annonce un fond de garantie pour la création d'entreprises par les migrants et des rencontres pour sensibiliser la diaspora sur la question agricole

2.
ADC
Vendredi 05 mars 2010, 19h10
bonjour ;

Je me présente : Mr ibrahima SECK Administrateur Général du cabinet AFRICAN DIASPORA CONSULTING Sarl .
Nous sommes basés à Dakar à la cité Keur Damel Extension Stade Leopold SENGHOR .
Notre objectif est d'assister la Diaspora Sénégalaise résidente à l'étranger et qui a comme préoccupation majeure l'investissement et le développement du SENEGAL .
Nous sommes disposés à apporter notre expertise pour afin donner corps à vos objectifs de développement inter communautaires
contact : 221 338356187
1.
balde10
Mercredi 11 février 2009, 15h05
bonjour a toute et tous l'equipe de cette association ca develeppoment je vous remerci tres bien, je me presente je suis djiby balde je vie ici en espagne je voudrè concter avec vous dpuis un peu de temp mes j'avais pas eu les possiblitè, c pour cela que je vous ecrit dans le passe de commentaire,mes pas grave vous avais vue mon commentaire je vous en-prie reponder moi dans mon e-mail (balde06@hotmail.com )
madame aminata lô j'ai vue votre association en recherchant mes je voudrè moi aussi participè dans votre association ?
mes pour ça il me faudra quoi pour participè, s'il vous plait j'attent votre reponse
merci cordialement djiby balde dpui en espagne
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